Suivi du Braconnage

Publié le par Association Caouanne

    Estimation du taux de tortues braconnées aux îles Barren

 

Le braconnage des tortues marines s’effectue de différentes manières : 

- capture accidentelle par des filets, les tortues au lieu d’être relâchées sont consommées

- pêche spécifique des tortues marines avec filet

- chasse en apnée avec harpon

- braconnage des tortues en pontes

- prélèvements des œufs.

Les têtes des tortues, non consommées, sont jetées sur le sable. A chaque session de capture, nous ramassons et comptabilisons toutes les têtes présentes sur le rivage. Le résultat obtenu est une sous estimation de la réalité car :

 

- selon les marées certains crânes sont emportés par la mer

- beaucoup de familles jettent les restes de tortues marines à côté de leur habitation, dans un souci évident de respect, nous ne comptabilisons pas dans ces endroits. 

Certain mois, les marées de vives eaux n’ont pas permis d’effectuer ces comptages dans toutes les îles étudiées.

 

Tableau 5: Estimation du nombre de tortues braconnées  par site et par mois en fonction des espèces.

Mois

Lieu

Verte

Imbriquée

Caouanne

Olivâtre

Luth

Total

 

Août

Maroantaly

11

0

0

0

1

12

 

Septembre

Marify

10

1

0

1

0

12

 

Octobre

Maroantaly

12

0

0

1

0

13

 

Octobre

Marify

12

4

0

0

0

16

 

Novembre

Maroantaly

15

0

0

0

0

15

 

Novembre

Marify

11

2

1

1

0

15

 

Décembre

Maroantaly

0

0

0

0

0

0

 

Total

 

71

 

7

 

1

 

3

 

1

 

83

 

La tortue verte est l’espèce la plus représentée dans l’archipel Barren. C’est également celle qui est la plus touchée par la pêche spécifique à la tortue car elle fréquente les herbiers situés autour des îles. Les tortues Caouanne, Olivâtre et Luth sont victimes de captures accidentelles dans les filets de pêche aux thazars ou aux requins.

Au mois de décembre aucun pêcheur n’était présent sur Nosy Maroantaly ce qui explique qu’aucune tortue n’ait été tuée.

En moyenne, 12 tortues par mois et par île sont abattues. L’archipel Barren compte 9 îles, on peut donc estimer qu’environ 1300 tortues sont braconnées par an.

Ce chiffre est malheureusement une sous estimation de la réalité. Au mois de décembre, après le départ des pêcheurs, nous avons inspecté les alentours de leurs habitations. Nous avons constaté que les restes de tortues étaient cachés dans la végétation. Ainsi se sont plusieurs dizaines de carapaces de tortues vertes et imbriquées qui ont été retrouvées à Maroantaly.

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Un exemple de restes de tortues vertes trouvés derrière une habitation (photo A. CAOUANNE)

 

 

Lors de l’atelier de février dernier, pour la mise en place d’un Plan de Conservation des tortues marines de Madagascar, avait été préconisé la mise en place de Dina permettant la consommation de tortue dans le respect des traditions Vezo. Toutefois après presque deux ans de terrain nous constatons que ces traditions ont disparu. D’après la coutume, les tortues devaient être tuées avec une lance, seuls les hommes du village avaient le droit d’en consommer. Lors de ce rituel une voir deux tortues étaient ramenées au village, le sang était versé sur l’avant de la pirogue, la tête posait sur un piquet de bois. Les anciens ayant perçu le rôle prépondérant de la tortue dans l’écosystème marin la pêche au filet et la vente était interdite. Aujourd’hui, la pêche au filet est largement pratiquée et sans notre intervention la vente de tortues marine continuerait à Maintirano. De plus, cette année, des carapaces de petites tortues imbriquées 22 cm et 31 cm  (soit environ 500g à 1kg de viande)  ont fini de nous convaincre que la mise en place de ces Dina était caduque, la tradition n’étant plus du tout respectée.         Madagascar Turtle alter Vezo c 1970                                                                                                                       

Têtes et carapaces de tortue exposées selon la tradition Vezo dans les années 70(photo George Hugues)

 

Si l’association Caouanne a permis l’arrêt de la vente de tortue, la diminution du braconnage semble une tâche plus difficile. L’idéal serait de proposer de nouvelles sources de revenus (culture de spiruline, mise en place de DCP prés de Maintirano...) limitant le déplacement  des pêcheurs dans les îles. Une diminution de la pression démographique dans les îles entrainera une diminution du braconnage. Il faudrait également  pouvoir améliorer les conditions de vie des pêcheurs notamment l’accès au soin, favoriser la scolarisation… mais ceci nécessite l’attribution de nouveaux financements.  

 

     Toutefois, si l’on considère qu’environ 1300 tortues disparaissent chaque année et que la population de migrant venant du Sud ne cesse d’augmenter, il est urgent de trouver des solutions efficaces pour diminuer ce chiffre.

 

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